Peut-être avez-vous déjà repéré cette petite baie en forme de coquille?
Pour cela, il faut être venu dans ce coin par la route, car de la mer elle est invisible!

Situons là:
La côte Portugaise, Péniche au sud à quelques miles, Nazaré au nord guère plus loin.

Vu ?

Pourquoi venir là? 
Simplement parce que les guides nautiques le déconseillent.
Dans celui qui m'a inspiré, il était mentionné l'histoire de ce bateau anglais
venu mouiller là et qui ne put en sortir avant de longs jours. 
La raison est simple, une passe étroite, 100 m environ de large au milieu de 2 falaises rocheuses
qui, lorsqu'elle se fâche, bouillonne et déferle sur près de 500m, là rendant infranchissable.
Enfin presque.
Sympa non?

 Nous naviguions sur une mer extrêmement calme. Vers 23 H nous avions dépassé Nazaré
et avancions péniblement vers Péniche et le souvenir de San Martinho me revint.
Bien sur la curiosité fut la plus forte.
Peu de vent, une belle lune, aussi je m'approche de la passe d'entrée avec prudence.
Je repère les feux (faibles) d'alignement et, la main sur le frein, je pointe l'étrave de Maya
entre les 2 falaises lugubres... Maya glisse tout seul, comme dans un lac,
vers quelques petits copains pêcheurs au mouillage.

A 3 H du matin nous dormons, à 6 H nous dansons!

C'est vers 10 H que j'ai pris la photo ci-dessus. Ce bateau de pêche sera le seul à tenter
et réussir la sortie ce jour là.
Peu après, je remarque un bateau de sauvetage de la marine portugaise qui se place
face à la passe et, moteurs à fond, s'y engouffre à plus de 30 nœuds,
percutant les déferlantes et disparaissant hors de notre vue,
pour réapparaître 10 mn plus tard, une barque de pêche amarrée à son flanc,
le pêcheur embarqué sur la vedette.
Impressionnant!

Pendant plus de 2 H, il rentrera toutes les barcasses qui ne peuvent pas,
bien entendu, franchir seules cette passe.

Je me rends au quai de la marine afin de prendre contact avec le capitaine de la vedette.
Il me confirme que le phénomène de cette passe est inexpliqué et n'est pas lié à l'état de la mer,
qui est du reste très calme 500 m dehors!
Bien sur il me déconseille de sortir, et est incapable de me dire quand la passe sera praticable.
Il me précise seulement que la meilleure heure est l'étal de pleine mer.

Le lendemain matin, des le réveil, j'observe la passe et note qu'elle déferle toujours,
mais moins me semble-t-il; par contre il y a du brouillard. Je retourne au quai de la marine
car il y a un tunnel percé dans la falaise que vous voyez à droite de la passe.
Ce tunnel permet d'aller observer ce qui se passe à l'extérieur.
Le brouillard empêche de voir à plus de 100 m, mais ce que je note,
c'est que le milieu de la passe ne déferle pas et que la mer ne semble pas grosse.

Je décide de tenter une sortie.
Bien sûr, c'est un début de mutinerie de la part de mon équipage familial.
Nous convenons que seul mon fils aîné m'accompagnera; du reste ça l'amuse
et que nous nous retrouverons à Péniche.
Nous nous plaçons face à la passe et observons.
Depuis leurs bateaux les pêcheurs nous font signe qu'on est fous.
La houle énorme ne "casse pas" au centre, sur une largeur d'environ 20 m.
Je compte le rythme de cette houle.
Il y a une ondulation plus forte que les autres toutes les 5 ondulations.

Je demande à Olivier de se placer à l'étrave avec une mission double:
D'abord avoir un œil vers l'arrière de Maya, rivé sur l'alignement à terre de la passe,
puis ensuite vers l'avant, afin de scruter à travers la brume tout danger éventuel.
De cette façon, je peux me concentrer sur la manœuvre et sur mon compas pour ne pas
m'écarter du milieu, car les côtés de la passe sont pavés de roches.
La forte ondulation passée, je pousse à fond le moteur
et Maya bondit dans ce chaos.
Tout se passe très vite. Nous nous croyons à la foire du trône
dans un manège de montagnes russes.

Cela dure quelques minutes et, 500m plus loin, tout devient calme!

Nous avons Olivier et moi, un sentiment de frustration;
nous pensions que cela aurait été plus dur...


Je suis retourné récemment  à San Martinho, mais par la route.
La passe était calme et il n'y avait plus de barques de pêche.
Un port bien accessible et abrité s'est construit à Nazaré et tout le monde à migré là.
Nazaré offrait,à l'époque un spectacle superbe; les pêcheurs rentraient en barcasses
directement sur le sable. Ils devaient franchir au bon moment les rouleaux et,
aidés par d'autres qui les attendaient sur la plage, tirer leur embarcation au sec.
Il ne reste plus sur la plage que les poissons qui sèchent.