Il y a quelques années, lorsque nous sommes arrivés à Lisbonne avec notre bateau,
la première impression fut plutôt négative.
En effet, le seul coin réservé à la plaisance était un bassin assez sordide un peu avant la Tour de Belem.
Néanmoins, une semaine passée à visiter la ville, fut un véritable bonheur tant elle nous parut hors du temps.

J'y suis retourné plus tard, souvent et je n'ai pu résister au charme d'un quartier, l'Alfama

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Imaginez une succession de "villages"à flanc de colline, un lacis de ruelles enchevêtrées, d'escaliers,
de petites places,
véritable labyrinthe tout empierré ; des balcons fleuris en fer forgé,
le linge suspendu qui sèche,
des petits commerces du temps jadis...
Un enchantement et un calme à cette saison, à peine troublé par les cris d'enfants
à la sortie des écoles ou le passage du tramway qui sillonne ce quartier abrupt.

  

J'ai quand même été prendre un pot, un peu plus bas,
dans le quartier du Chiado, en terrasse du café Martinho d'Arcada,
bistro bicentenaire au look inchangé, à côté de la statue de Fernando Pessoa,
poète que j'adore. Il faisait parti des habitués de cet endroit
qui pourrait faire penser au café de Flore à Saint Germain des Prés.

Pour le reste, la vue d'ensemble de la ville est superbe,
mais dans le détail, on commence à voir les méfaits de l'Européanisation,
les mêmes enseignes commerciales qu'ailleurs
et bien sûr les mêmes produits sérialisés.

Passons.


Je dis: "Lisbonne" Quand je traverse - venant du Sud - le fleuve
Et la ville où j'arrive s'ouvre comme si elle naissait de son propre nom
Long scintillement de bleu et de fleuve
Corps amoncelé de collines - je la vois mieux parce que je la dis
Tout montre mieux son être et sa carence
Parce que je dis Lisbonne avec son nom d'être et de non-être
Ses méandres d'insomnie de surprise et de ferraille
Son éclat secret de chose de théâtre
Son sourire complice de masque et d'intrigue
Pendant qu'à l'Occident la vaste mer se dilate
Lisbonne oscillante comme une grande barque
Lisbonne cruellement construite le long de sa propre absence
Je dis le nom de la ville - je dis pour voir

Sophia de Mello Breyner Andressen -Traduction de Joaquim Vital


 Un diaporama en téléchargement sur l'Alfama